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Illustration pour le roman «Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)», réalisée à l'aquarelle, représentant le personnage de Sigkill.

L'aquarelle originale est à vendre pour 30€. Vous pouvez écrire à <rose-butch at reveries point info> si vous êtes intéressé


Sigkill était à peu près au milieu du tunnel sous la Manche lorsqu’elle reçut l’étrange e-mail.

Elle revenait d’un congrès de développeurs de logiciel libres qui avait eu lieu à Londres le week-end précédent et elle avait passé l’essentiel de son trajet dans le train à somnoler devant des lignes de code rassurantes qu’elle regardait distraitement sur son ordinateur portable, tout en écoutant du métal dans son casque.

Beaucoup de gens prennent Sigkill pour une geek ou une nerd, mais elle préfère le terme hackeuse. Si elle a la même tendance que ses congénères à ne pas pouvoir vivre sans ordinateur, elle ne partage pas le look standard du milieu : elle a en effet une apparence soignée, et elle affectionne particulièrement le costard-cravate, qu’elle portait actuellement avec des Doc Martens d’un rose pétant. Elle est par ailleurs de taille moyenne, a les cheveux courts et teints — à ce moment c’était un orange délavé qui avait été rose — et porte des lunettes dont elle n’a besoin que lorsqu’elle lit ou est devant un écran, c’est-à-dire à peu près tout le temps.

Lorsqu’elle reçut son étrange e-mail, Sigkill fut d’abord enthousiaste : enfin, la SNCF s’était décidée à proposer du wifi dans ses trains. Elle réalisa cependant que sa connexion Internet ne fonctionnait pas plus que la dernière fois qu’elle avait vérifié — trois minutes plus tôt.

« Comment peut-on recevoir un e-mail lorsqu’on n’a pas de réseau ? » s’étonna-t-elle à voix haute.

Le jeune cadre qui était assis en face d’elle leva les yeux de la revue d’économie dans laquelle il était plongé, regarda la hackeuse avec un air accusateur qui voulait sans doute dire « la première classe n’est pas faite pour les cinglés qui parlent tout seuls », puis retourna à sa lecture.

Sigkill examina le message qu’elle avait reçu. Il n’y avait pas de sujet, le corps du message était chiffré, et l’expéditeur s’intitulait simplement « zero@zero ». Elle regarda ensuite les en-têtes du mail et découvrit qu’il avait été posté depuis l’adresse IP 127.0.0.1, c’est-à-dire son propre ordinateur.

« Ça explique pourquoi j’ai pu le recevoir, je suppose », lâcha-t-elle, déclenchant un nouveau regard courroucé de son voisin.

Elle s’attaqua alors au corps du message et réalisa que celui-ci était codé avec sa propre clé privée. Cela lui permettait de pouvoir le lire, mais ajoutait une nouvelle énigme : le principe d’une clé privée étant que personne d’autre ne la connaisse, comment avait-on bien pu l’utiliser ? Elle décida qu’elle résoudrait cela plus tard, et décoda le message, qui n’était pas plus clair pour autant :

Lacet droit défait --- 642-AKZ-59 --- Noir et blanc - gris - noir --- 71 --- Ampli. Thauma. --- Venus ---

Sigkill se mit à sourire légèrement devant son écran. Elle avait devant les yeux quelque chose qu’elle ne comprenait pas, et qui promettait d’être intéressant ; à moins que cela ne veuille tout simplement rien dire ou qu’il ne s’agisse d’une plaisanterie.

Comme le train ralentissait, elle décida qu’il était temps de ranger son ordinateur portable. En attrapant son sac, elle réalisa alors que son lacet droit était défait et fut ravie : cela éliminait au moins l’hypothèse du baratin sans aucun sens.

Extrait d'Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)